Méditation 2.0


Méditation 2.0 = Nouvel esclavage au travail 2.0

Le monde du développement personnel s’en va puiser ses techniques de relaxation au sein des spiritualités orientales depuis de nombreuses années. De leur côté, les nouveaux mouvements spirituels se font maintenant de plus en plus utilitaristes. Ainsi, le Sahaj marg parle gestion du stress et affirmation de soi pour attirer le chaland en quête de mieux-être.

Mais ne voilà-t-il pas que le monde du travail ou les militaires s’emparent de la méditation. Quelques exemples de titres parus ces dernières années :

La sagesse 2.0 pour nous libérer de l’hyperconnectivité ?
La nouvelle sagesse du web ou “l'esclavage 2.0“ ?
Gestion du stress et méditation au chevet du monde du travail
"Construire un pont entre les mondes de la sagesse et des affaires"
etc.

A lire pour réfléchir :

Google montre la voie de la sagesse


EMPLOI

Google montre la voie de la sagesse

Les entreprises étasuniennes du high-tech ont un nouveau dada : la méditation de pleine conscience. Et la Silicon Valley exporte désormais en Europe sa fameuse conférence Sagesse 2.0, alliance du new age et d’Internet.

THE GUARDIAN | CAROLE CADWALLADR
21 OCTOBRE 2014

A Dublin, le siège de Google présente toutes les caractéristiques du lieu de travail moderne dans le high-tech : esthétique chic industrielle, snacks gratuits à volonté et meubles de designer de couleurs primaires qui semblent avoir été dérobés sur une aire de jeux. Cette semaine y débarquaient les forces avancées de ce qui sera peut-être le prochain gros truc, non pas un nouveau téléphone mobile ou une montre truffée de superfonctions, mais quelque chose d’encore plus radicalement à la pointe du progrès : la sagesse.
Pendant trois jours [du 16 au 18 septembre], dans un auditorium, une alliance contre nature deGooglers [employés du groupe], de moines bouddhistes, d’adeptes des nouvelles technologies, de directeurs des ressources humaines, de députés et de PDG a jonglé avec des mots comme“compassion”, “empathie”, "communion" et"conscience". La conférence Wisdom 2.0 [Sagesse 2.0] arrivait en Europe. Wisdom 2.0 est née il y a six ans en Californie, sur une côte Ouest obsédée par la technologie et le développement personnel. Depuis, elle reçoit un accueil enthousiaste dans le secteur des nouvelles technologies.
Des événements ont déjà été organisés dans les locaux de Google à Mountain View et chez Facebook. Plus de 2 000 personnes ont participé à la grande réunion qui s’est tenue à San Francisco cette année. Après avoir séduit des personnalités très en vue, comme [la fondatrice du site The Huffington Post] Arianna Huffington et Jeff Weiner, le PDG de LinkedIn, Wisdom 2.0 souhaite désormais transmettre son message à un public mondial.

Cloches de prière
Ça s’appelle peut-être une conférence mais, pour le non-initié, ça ressemble davantage à un rassemblement de croyants – la religion en moins. Le public est appelé à revenir dans la salle par des cloches de prière, des pauses “silence” sont intégrées dans le programme, et à un moment chacun doit serrer son voisin dans ses bras, puis le caresser doucement afin de “sentir la connexion”. Ce sont les nouvelles technologies – du moins, leur influence sur notre vie – qui sont au cœur de cet événement. Wisdom 2.0 a pour mission de s’attaquer au “grand défi de notre époque” : comment “vivre connectés les uns aux autres grâce à la technologie, d’une manière qui soit bénéfique à notre bien-être”. Mais on peut aussi penser que, après avoir capté notre attention, notre temps et nos comptes en banque avec leurs gadgets infinis, après avoir créé des applications pour mesurer notre pouls et évaluer notre santé physique, l’industrie des nouvelles technologies franchit l’étape suivante et s’attaque désormais à notre âme. Soren Gordhamer, le fondateur de Wisdom 2.0, explique aux participants, qui ont déboursé jusqu’à 600 euros, qu’il s’agit d’“introduire la sagesse antique dans l’époque moderne”.
Pour cela, on a recours avant tout à la pleine conscience [mindfulness], cette version séculière de la méditation qui est censée pouvoir tout faire, du ralentissement du vieillissement à l’amélioration de la vie sexuelle. Si la pleine conscience est en train de détrôner le yoga comme activité incontournable dans les grandes métropoles, elle présente aussi des résultats cliniques établis : elle réduit le stress, favorise le sommeil, améliore le bien-être physique et mental. Chris Ruane, député travailliste du Val de Clwyd [au pays de Galles], raconte qu’il a présenté cette pratique à la Chambre des communes et qu’un groupe parlementaire multipartite s’efforce maintenant de la faire connaître à un public plus large. Mais ce n’est que le début. Alfred Tolle, directeur commercial chez Google, qui anime l’événement, va plus loin. Il s’agit selon lui de créer “une conscience collective” qui, avec un peu de chance, “rendra le monde meilleur”. “Si on avait sorti ce genre de choses il y a dix ans, ajoute-t-il, les gens auraient dit : ‘Virez-moi ce hippie.’ Mais aujourd’hui ils commencent à comprendre. Même dans les réunions de direction, quand je parle de connecter les mondes intérieur et extérieur, on me regarde d’un air suspicieux mais on voit à peu près où je veux en venir.”
Alfred Tolle pratique la méditation zen depuis vingt-cinq ans et semble avoir décidé de devenir, en plus de ses attributions officielles, le directeur spirituel officieux de Google. Il a tenu à organiser cet événement parce que, dit-il, “nous devons nous reconnecter à notre âme et à nous-mêmes afin d’utiliser la technologie sagement. Je considère que c’est mon boulot de pousser Google dans cette direction.” D’après Frazer McKimm, un spécialiste des nouvelles technologies de Dublin qui étudie les interactions entre l’homme et la machine, “l’inquiétude grandit.
On a l’impression que notre relation avec la technologie est devenue quelque chose que personne, même les créateurs de cette technologie, ne peut contrôler. Même les maîtres sont dominés. Elle nous infantilise, d’une certaine manière.” De fait, il n’est pas surprenant que l’industrie des nouvelles technologies s’interroge avec autant d’enthousiasme sur le sens et le but, déclare Gordhamer. “Regardez ses fondateurs : ils ont tous connu le succès très jeunes, il est donc naturel qu’ils se demandent :‘N’y a-t-il pas autre chose dans la vie ?’”
C’est précisément cette question qui a attiré les participants, venus parfois de très loin, y compris d’Australie. Katrin Bauer, 46 ans, une radiologue de Dundee, a découvert que la méditation permettait de lutter contre le stress généré par la technologie. “Je travaille sur un ordinateur toute la journée, il tombe en panne, il plante ; nos logiciels ne sont pas des plus récents. Dans un premier temps, je n’ai rien dit à mes collègues. Ces pratiques orientales sont un peu taboues dans le NHS [le service de santé public]. Mais tant de mes collègues sont en arrêt de maladie ! Des gens compétents, doués, qui souffrent tout simplement d’épuisement professionnel. Et la pleine conscience présente de réels bénéfices cliniques, c’est bien mieux que de produire des pilules à tour de bras. Il y a tellement de choses qu’on pourrait faire pour améliorer le bien-être des gens !”
De même que la pleine conscience sécularise une pratique spirituelle utilisée depuis des milliers d’années, Wisdom 2.0 reprend des concepts en général associés à la pratique religieuse en leur donnant un tour nouveau. Le premier d’entre eux est la “compassion”, le mot à la mode de la conférence. Tania Singer, une spécialiste des neurosciences de l’Institut Max-Planck [à Leipzig, en Allemagne], qui a mené l’une des plus grandes études sur les effets de la pleine conscience sur le cerveau, a fait un exposé sur la plasticité neuronale et la “formation socio-affective”. La compassion, explique-t-elle, est distincte de l’empathie. Elle peut s’enseigner. Et elle active de nouvelles zones du cerveau : elle rend le sujet plus heureux.

Connexion empathique
Kelly Palmer, responsable de la formation et du développement des talents chez LinkedIn, a intitulé sa présentation “Entretenir la connexion empathique : les enseignements des efforts de compassion chez LinkedIn”. Elle explique entre autres que “parfois la chose la plus compatissante à faire, c’est de se séparer d’un employé”.
La vision cynique de tout ça, c’est que les grandes entreprises sont en train d’essayer de créer une nouvelle génération d’employés-drones heureux. La directrice chargée de la gestion des personnes – autrement dit la directrice des ressources humaines – de Zynga [une société de jeux sociaux] est venue chercher de nouvelles idées. En effet, dit-elle, il ne suffit plus d’un décor industriel chic et d’un déjeuner gratuit : “La génération Y [née entre les années 1980 et le début des années 2000] veut plus que ça. Elle veut du sens.” Il y a aujourd’hui “une convergence du travail et de la vie personnelle. Les gens ne décrochent jamais vraiment, il faut donc qu’on prenne en compte la personne dans son ensemble. Si on peut soutenir les employés, ils restent. Tout ce qui les aide personnellement présente des bénéfices pour toute l’entreprise.”
Malgré tous ces discours sur l’entreprise, on pense parfois vraiment à Timothy Leary [écrivain et psychologue américain, qui était partisan du recours au LSD pour ses vertus thérapeutiques et spirituelles]. “C’est quoi, l’argent ? demande ainsi Alfred Tolle, de Google. Juste un tas de zéros.” Et une grande partie du public a déjà expérimenté le “Turn on, tune in, drop out” [“Viens, mets-toi dans le coup, décroche”, slogan lancé par Timothy Leary]. Parmi les participants, il y a l’ex-président d’une chaîne de télé norvégienne, Neil Seligman, un ancien avocat qui apprend désormais aux juristes des grandes sociétés de la City à être plus“conscients”, et Friedhelm Boschert, ancien PDG de Volksbank International. Lorsqu’il était à la tête de cette grande banque européenne, ce dernier faisait de la méditation zen toutes les semaines avec ses cadres dirigeants ; aujourd’hui, il l’enseigne aux autres banquiers dans le cadre de quelque chose qu’il appelle “la nouvelle banque” – la banque à l’ancienne, hiérarchisée, nous ayant apparemment mis dans le pétrin financier actuel.

Est-ce le début du retour en arrière ? Ou bien la dernière initiative des grandes entreprises américaines pour soumettre le monde à leur volonté ? “Nous ne contrôlons pas les gens à l’entrée, déclare Soren Gordhamer.Mon travail, c’est d’être là pour ceux que ça intéresse. Il faut profiter du moment présent, le seul qui existe vraiment. La vie est plus satisfaisante quand on se présente sans avoir de programme prédéfini.” 

Marines expanding use of meditation training


Marines expanding use of meditation training
Mind Fitness Training found to help troops improve mental performance under stress of war
By Patrick Hruby - The Washington Times - Wednesday, December 5, 2012

While preparing for overseas deployment with the U.S. Marines late last year, Staff Sgt. Nathan Hampton participated in a series of training exercises held at Camp Pendleton, Calif., designed to make him a more effective serviceman.
There were weapons qualifications. Grueling physical workouts. High-stress squad counterinsurgency drills, held in an elaborate ersatz village designed to mirror the sights, sounds and smells of a remote mountain settlement in Afghanistan.
There also were weekly meditation classes — including one in which Sgt. Hampton and his squad mates were asked to sit motionless in a chair and focus on the point of contact between their feet and the floor.
 “A lot of people thought it would be a waste of time,” he said. “Why are we sitting around a classroom doing their weird meditative stuff?
 “But over time, I felt more relaxed. I slept better. Physically, I noticed that I wasn’t tense all the time. It helps you think more clearly and decisively in stressful situations. There was a benefit.”
That benefit is the impetus behind Mindfulness-based Mind Fitness Training (“M-Fit”), a fledgling military initiative that teaches service members the secular meditative practice of mindfulness in order to bolster their emotional health and improve their mental performance under the stress and strain of war.
Designed by former U.S. Army captain and current Georgetown University professor Elizabeth Stanley, M-Fit draws on a growing body of scientific research indicating that regular meditation alleviates depression, boosts memory and the immune system, shrinks the part of the brain that controls fear and grows the areas of the brain responsible for memory and emotional regulation.
Four years ago, a small group of Marine reservists training at the Marine Corps base in Quantico, Va., for deployment to Iraq participated in the M-Fit pilot program, taking an eight-week mindfulness course and meditating for an average of 12 minutes a day.
A study of those Marines subsequently published in the research journal Emotions found that they slept better, had improved athletic performance and scored higher on emotional and cognitive evaluations than Marines who did not participate in the program, which centers on training the mind to focus on the current moment and to be aware of one’s physical state.
The Army and Marines have since commissioned separate studies of larger groups of troops receiving variations of M-Fit training, the results of which currently are under scientific review and likely will be published in the next few months.
 “The findings in general reinforce and extend what we saw in the pilot study,” said Ms. Stanley, an associate professor of security studies at the Georgetown School of Foreign Service. “These techniques can be very effective in increasing situational awareness on the battlefield, in not having emotions drive behavior, in bolstering performance and resilience in high-stress environments. I’ve seen effects in my own life.”
Military meditation
A former Army intelligence officer, Ms. Stanley served in Korea, Macedonia and Bosnia. Subsequently diagnosed with post-traumatic stress disorder (PTSD), she struggled after leaving the military and enrolling in graduate programs at Harvard and the Massachusetts Institute of Technology.
Frustrated by the ineffectiveness of prescription medication, she began to research mindfulness and quickly became convinced that the mental and emotional health benefits of meditation could help not only her, but also other service members.
Ms. Stanley wrote a paper for the Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), essentially arguing that meditative techniques similar to those used by Buddhist monks were both necessary and appropriate for today’s military — from drone pilots coping with information overload to infantrymen conducting dangerous and stressful counterterrorism and counterinsurgency operations.
“The initial concerns form the military were, ‘Is this going to be a waste of time, and is this going to interrupt my finely honed rapid-action drills?’” Ms. Stanley said. “The concerns coming from the mindfulness side were, ‘If you teach them these skills, and they become more open people, will it undermine their ability to armor up psychologically? A few people even wondered if I was trying to make, quote, ‘better baby-killers.’”
Undaunted, Ms. Stanley sought support for a pilot program through her connections in the Army — the same Army that in the mid-1980s conducted a Trojan Warrior Project, in which 25 Special Forces soldiers nicknamed the “Jedi Knights” received six months of meditative and martial-arts training that helped them perform better than their peers on psychological and biofeedback tests.
She found an advocate in Maj. Jason Spitaletta, a then-Marine reservist who was a psychology graduate student in non-military life. Mr. Spitaletta read Ms. Stanley’s DARPA paper and brought it to the attention of his superiors, who agreed to participate in the 2008 study.
Over eight weeks of 12-hour days otherwise devoted to mock firefights and exhausting field exercises, 31 Marine reservists were taught breathing exercises and yoga poses, how to focus their attention and how to prevent their minds from wandering. More than once, they could be seen outdoors, sitting cross-legged and practicing meditation.
Amishi Jha, the researcher who evaluated the troops, found that the service members in the program ended up with improved moods and greater attentiveness — and that the individuals who spent additional time meditating on their own saw the biggest improvements.
 “It’s like working out in the gym,” said Ms. Jha, the director of contemplative neuroscience for the University of Miami’s Mindfulness Research and Practice Initiative. “Right now, the military has daily physical training. Every day, they get together and exercise. But the equivalent is not given to the mind. The more [these troops] practiced, the more they benefited.”
Brain training
Why the cognitive boost? The answer lies in neuroscience. Previous studies have shown that habitual meditation:
• Changes the way blood and oxygen flow through the brain;
• Strengthens the neural circuits responsible for concentration and empathy;
• Shrinks the amygdala, an area of the brain that controls the fear response;
• Enlarges the hippocampus, an area of the brain that controls memory
• In a recent, incomplete study of Marines taking an M-Fit course — the one Sgt. Hampton participated in — University of California at San Diego and Navy researcher Chris Johnson took blood and saliva samples from the participating service members and used functional magnetic resonance imaging (fMRI) to scan their brains.
• According to a report in Pacific Standard, the troops recovered better from stressful training, while their brain scans showed similarities to those taken of elite Special Forces soldiers and Olympic athletes.
 “Basically, there are parts of the brain that work differently in high performers,” said Robert Skidmore, director of operations for the Alexandria, Va.-based Mind Fitness Training Institute. “It’s possible to train our minds to process things differently. With eight weeks of training, working memory capacity increases.”
Essentially the short-term, scratch-pad system we use to manage relevant information, solve real-time problems and regulate our current emotional state, working memory is roughly equivalent to random access memory in a computer and functions on a daily basis like money in a bank account: Use it, and it depletes until it can be replenished.
Heavy cognitive tasks, such as scanning an alley for armed insurgents, require working memory. So do emotional challenges, like dealing with the stress of leaving one’s family for an overseas deployment.
According to Ms. Jha, depleted working memory has been linked to emotional impulsivity, prejudiced behavior, domestic violence and alcoholism.
 “It’s the core resource for regulating your own behavior,” she said. “It’s not like your psychological state or mood is separate.”
In the M-Fit study, troops who meditated regularly increased their working memory capacity; moreover, they were more aware of their physical responses to combat stress.
In a fight-or-flight situation — for instance, a firefight — the pupils dilate to take in more information. Blood flows away from the stomach and into the muscles, producing the familiar “butterfly” sensation. Heart and breathing rates rise. Stress hormones course through the body.
More importantly, blood flow in the brain is redirected away from the areas that control rational thought and toward the areas associated with instinct and survival.
 “It’s really hard to access rational thought during high-intensity stress situations,” said Jared Smyser, 28, a former Marine who lives in Richmond, Va., and is training to become an M-Fit instructor. “All this stuff happens in your body because we’ve evolved to get away from predators. But it’s not really relevant in today’s warfare. You need to be calm, collected, making better decisions.”
According to Ms. Stanley, meditative training can help troops do so by increasing efficiency in the insular cortex, which allows people to rapidly switch between thinking and unthinking states of mind.
 “It can be exercised when we are attending to sensations in the body,” she said. “So a whole lot of our course is teaching the ability to track those sensations. People come into the course thinking it will ruin their ability to respond fast in combat, but actually, we’re enhancing their ability.”
In the future, Ms. Stanley said, meditation may become as standard in the military as rifle practice, another way of making troops more effective and resilient. Next year, the Marines will incorporate M-Fit classes into an infantry school at Camp Pendleton, making the program a tentative part of its regular training cycle.
Mr. Smyser, who served in Iraq in 2005, said military mental training is overdue.

 “It absolutely would have beneficial to me [in Iraq],” he said. “I was very skeptical at first, but I’ve seen benefits in my own life. I’m interested in working with veterans with PTSD. And if we teach this upfront, we might be able to prevent some of the problems we have to fix afterwards.”

Les fondamentalismes, comment les reconnaître ?

Les fondamentalismes, par Marie-Andrée Roy, professeure au Département de sciences des religions et Directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (http://www.lautreparole.org/articles/648)
(…) En m’inspirant de ces éléments, je voudrais mettre en relief cinq aspects de la vision du monde du fondamentalisme qui m’apparaissent particulièrement cruciaux.
1) Le monde va à sa perte. Pour les fondamentalistes, le recul de la religion dans nos sociétés modernes, la perte de son influence sur les institutions sociales et sur les individus entraînent notre déchéance. Il faut donc contrer cette chute, lutter pour remettre le religieux au cœur de nos sociétés afin qu’il en soit le principe structurant.
2) Il n’y a pas 36 vérités, il n’y en a qu’une seule, révélée par Dieu. Le pluralisme idéologique est inacceptable et entraîne un relativisme maléfique. La révélation divine doit être notre seule guide et celle-ci est codifiée par les seuls chefs autorisés.
3) Mémoire sélective. Les fondamentalistes sont sélectifs dans ce qu’ils retiennent de leur tradition religieuse, de leur héritage spirituel mais ne reconnaissent pas l’existence de cette pratique de sélection. À leurs yeux, ils rendent compte de l’unique et intégrale vérité révélée dont ils sont des témoins authentiques.
4) C’est noir ou blanc. Le fondamentalisme ne s’inscrit pas dans la nuance; il pratique au contraire une lecture dualiste du monde où il y a le bien et le mal, les bons et les méchants, la vérité et le mensonge. Dans ce contexte, ceux et celles qui ne partagent pas leur vision du monde sont diabolisés et deviennent des ennemis.
5) Leadership autoritaire. Les fondamentalistes ont à leur tête un mâle, un chef autoritaire qui exerce sur eux un fort ascendant (renoncement à la pensée personnelle critique, soumission à l’autorité). Le fondamentalisme s’inscrit comme une des formes exacerbées du patriarcat.
(…)
Les « airs de famille » du fondamentalisme:
1. Les fondamentalistes cultivent un idéalisme religieux essentiel au maintien de leur identité personnelle et communautaire;
2. le fondamentalisme comprend la vérité comme une et révélée;
3. le fondamentalisme cherche à scandaliser;
4. les fondamentalistes se perçoivent comme des acteurs importants dans un conflit d'envergure cosmique;
5. ils réinterprètent l'histoire à la lumière de ce conflit;
6. ils diabolisent leurs opposants et sont essentiellement réactionnaires;
7. les fondamentalistes sont sélectifs; ils ne conservent de leurs traditions et de leurs héritages que certains aspects;
8. le fondamentalisme a toujours un homme (au sens vir) à sa tête.

Les cinq caractéristiques idéologiques du fondamentalisme:
1. Le fondamentalisme est avant tout préoccupé par l'érosion de la religion
et de son rôle social ;
2. les fondamentalistes sont sélectifs à l'égard de ce qui dans leur tradition et dans la modernité est jugé digne d'être préservé ou condamné ;
3. le fondamentalisme est dualiste ;
4. le fondamentalisme met l'emphase sur le caractère absolu et inhérent de sa source de révélation ;
5. le fondamentalisme est millénariste ou messianiste.

Quatre constantes dans les groupes fondamentalistes :

1. Le groupe est constitué de choisis, d'élus;
2. les frontières du groupe sont très nettement délimitées;
3. le groupe a un leader charismatique autoritaire;
4. le groupe a le sens de la mission.

Les croisés de la Morale


En apparence, les fondamentalismes voudraient faire croire à une nouvelle guerre des religions. Il n’en est rien : ce qui les oppose c’est effectivement la religion qu’ils défendent, mais tout le reste les réunit bien plus efficacement : leur démarche est la même, leur ennemi est commun.
Evangélique, haredim, salafiste ou lefebvriste, tous se réfèrent à une tradition religieuse, aux écrits fondateurs, textes originels porteurs de la Parole de leur Dieu, infaillibles et qui apportent toutes les réponses aux grandes questions de notre temps pour gouverner la société.
Tous ces fondamentalismes s’opposent à la modernité, au pluralisme religieux, culturel et moral, en un mot aux libertés individuelles. Leur ennemi commun c’est la laïcité et le libéralisme.
On veut nous faire peur en agitant le spectre d’un salafisme obscurantiste, mais qu’en est-il des autres fondamentalismes ? Petite plongée au cœur du lefebvrisme, la Tradition catholique.

Petite balade au cœur de la mouvance Saint Pie X
La Tradition catholique française fut incarnée par Monseigneur Lefebvre. La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X en est le socle religieux, l’Institut Civitas en est le bras politique, épaulés par une myriade d’associations.
Plongée idéologique, visite des websites liés à la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) au cours des mois d’avril et mai 2013, marqués par l’opposition à la loi Taubira du mariage pour tous en France :
 « Le Pape Saint Pie X a été béatifié pour avoir courageusement dénoncé des erreurs modernes et montré l’exemple de la sainteté dans la fermeté de la doctrine, la pureté des mœurs et la dévotion au Sacrifice eucharistique. » Pie X (1835-1914) fut un pape conservateur, anti-moderniste, opposé à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France.
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X fondée par Monseigneur Marcel Lefebvre a pour but principal la formation de saints Prêtres, "ceux dont l’Eglise a tant besoin", elle dispense partout "la saine doctrine catholique, la Messe dans sa Liturgie inchangée", soutenant les familles désireuses de donner à leurs enfants "une véritable éducation catholique".
Les obligations familiales sont d’observer "les lois du mariage dans le but d’avoir une famille nombreuse. Renoncer absolument à toute action positive dans le but de ne pas avoir d’enfants", rejeter "tout ce qui peut ternir l’âme des enfants : télévision, revues indécentes…", "diffuser les bonnes lectures", choisir "des écoles vraiment éducatrices et traditionnelles", "être prudent dans le choix des loisirs et des lieux de vacances", "combattre le libéralisme et le modernisme, fléaux des temps modernes qui livrent l’Église aux ennemis".

Deux maisons d’éditions, Clovis diffusion et Le sel de la terre se chargent de diffuser les bonnes lectures. Plongée subjective dans leurs catalogues de vente avec quelques extraits de leurs résumés :
Roberto de Mattei, dans La dictature du relativisme : «(…) il faut choisir entre loi naturelle et la civilisation de la charité, d'une part, et relativisme et culture de mort, d'autre part ! »
Roger Lefebvre, dans Pour l’honneur de Dieu, démontre que : « (…) le modernisme et le communisme ont les même origines philosophiques, au point de conclure que le modernisme est le communisme de l'Eglise. Mgr Lefebvre lui écrivit en son temps pour le féliciter de cette thèse. Le présent ouvrage apporte la preuve, par la méthode comparative, que le modernisme en philosophie et en théologie aboutit au même résultat catastrophique que le communisme dans la vie des peuples.»
Christian Lagrave, dans Les origines du nouvel ordre mondial : « (…) la fin ultime de ce Nouvel Ordre Mondial : réaliser l'unité du genre humain par l'établissement d'un gouvernement mondial d'inspiration satanique. »
Les Journées Jean Vaquié ont pour rôle de dénoncer l’existence : « (…) d'un complot multiséculaire contre l'Eglise catholique, étudier la nature de ce complot et les formes qu'il revêt à toutes les époques. Dénoncer la subversion dont les institutions catholiques ont été victimes et proposer des moyens de reconstruire un ordre chrétien. » Elles montrent "le combat des deux cités" : "la cité de satan contre la cité de Dieu", pointent "les ennemis, l'action maçonnique, la subversion dans l’Eglise, l’évolutionnisme (poison universel)".
Les "bonnes lectures" commencent à dresser la philosophie de cette mouvance traditionaliste, la "saine doctrine" : D’un côté la cité de Dieu et la loi naturelle ; de l’autre la cité de satan, une civilisation du relativisme, du modernisme et du communisme, une culture de la mort, un nouvel ordre mondial qui veut établir un gouvernement mondial d’origine satanique. La cité de satan est à l’origine d’un complot multiséculaire fomenté par l’action maçonnique contre l’Eglise chrétienne grâce à la subversion, l’évolutionnisme (poison universel),… L’ennemi est identifié, le combat des deux cités est en cours et se déroule sous nos yeux.

L’Association Catholique des Infirmières, Médecins et Professionnels de Santé (ACIMPS) est une association catholique "attachée à la loi naturelle et à la Tradition Catholique", qui "se réfère explicitement à la Tradition de l’Eglise", qui "défend inconditionnellement la vie, de la conception à le mort naturelle".
Communiqué de l’ACIMPS du 9 mars 2013 : « Les prêtres français seront-ils obligés de marier les homosexuels ? Cette question est importante à poser. D’une part les lois de non-discrimination envers les homosexuels verront probablement fleurir des procès contre les prêtres refusant d’envisager de tels mariages. Comptons sur les Khmers roses pour leur tendre des pièges en tous genre, y compris en confession.(…) »
Communiqué de l’ACIMPS du 3 janvier 2013 : « (…) La courbe de progression de l'insécurité suit celle des divorces et des séparations de couples. C'est un fait... C'est cette situation que le mariage des homosexuels va aggraver. (…) Alors que selon l'INSERM les homosexuels se suicident treize fois plus que le reste de la population. Une étude canadienne établit que les violences conjugales sont le double au sein de ce type de populations. Sans compter que 18 % des gays (chiffre reconnu par Mme Bachelot) ont contracté le sida. Ce sera dans de telles ambiances que demain nos enfants seront placés par l'adoption, voire conçus par la procréation médicalement assistée. »
L’ACIMPS est présidée par le Docteur Jean-Pierre Dickès depuis l’an 2000, auteur de L’ultime transgression, refaçonner l’homme (Editions de Chiré), L’homme artificiel, essai sur le moralement correct (Editions de Paris) et La Blessure (Editions Clovis) : « Notre modèle de société est devenu un mélange d'affairisme, d'idéologie scientiste et de star-system. Il a développé par le moralement correct une véritable culture de mort. (…) Mais quel est donc le modèle de cette nouvelle humanité ? Le docteur Dickès en dresse les contours "antéchristiques". Dans une démonstration éblouissante, le docteur Dickès accumule les preuves, épingle les faits précis, rapporte les anecdotes (le truquage des statistiques, la mondialisation, l'Europe, etc.), non sans remonter à l'origine du désastre actuel : la contraception en 1967 en France avec la loi Neuwirth. (…) Surtout il n'oublie pas de souligner la cause et l'auteur premier de toutes ces transgressions - dont « l'ultime » serait la fabrication d'un cerveau artificiel - celui qui est le Menteur dès les origines et « qui rôde dans le monde pour perdre les âmes ».
Des journaux saluent son livre : Présent, Renaissance Catholique, La Nef, Minute, L'Homme Nouveau, Altaïr, Lectures Françaises
Sos Mamans (UNEC) est « un groupe d'action d'aide directe auprès des femmes et jeunes filles confrontées à l'avortement », "La France chrétienne se meurt, petit à petit, rongée par la gangrène de l'avortement, crime contre l'humanité et offense majeure à Dieu. (…)Les catholiques français ont comme un feu sacré dans l'âme, ce feu propre à la fille aînée de l'Eglise qui a déjà inspiré une Clotilde pour convertir son époux royal Clovis, St Louis pour porter la Croix en terre musulmane, Ste Jeanne-d'Arc pour partir de sa bergerie et remettre la France chrétienne debout, Ste Bernadette pour se laisser diriger par la Ste Vierge elle-même, le curé d'Ars pour lutter contre Satan en personne, Ste Thérèse de Lisieux pour enflammer les coeurs de la chrétienté. La suite, c'est vous aujourd'hui, et c'est la même flamme de l'Amour tout dévorant de N.S.J.C. qui brûle dans vos âmes. »
Sos Tout-petits est un mouvement présidé par le docteur Xavier Dor. Avec ses amis de l’association, il descend dans la rue tous les mois « devant un avortoir », toutes les semaines, pour « (…) rappeler aux jeunes, auxquels de nombreuses médailles miraculeuses sont distribuées, l’importance de la vertu de pureté. « Rien avant le mariage » répète souvent le Dr Dor. »
Bulletin N°36 de février 2013 : « Selon l’ordre naturel, l’homosexualité (et a fortiori le mariage homosexuel) est la négation génétique, anatomique, physiologique et psychique de la complémentarité des sexes. (…) Vivre en niant l’évidence est dangereux pour l’esprit, sans compter ici les risques de sida ou de pédophilie. La lune est carrée, le soleil est noir, 2+2 = 5 (…) La violation du mariage n’est qu’un des aspects de la subversion générale (…). On a légalisé la contraception et l’avortement, au nom de la liberté de la femme, et autorisé de nombreuses dérogations permettant les manipulations sur l’embryon humain, au nom de la liberté scientifique. On légalisera de même le mariage homosexuel, au nom de l’égalité des sexes, et l’euthanasie, au nom de la fraternité.(…) Originel, le péché devient institutionnel, inscrit dans les lois, œuvre de la franc-maçonnerie et du laïcisme. (…). N’est-ce pas là, la Synagogue de Satan dont parlait l’Apocalypse, s’affranchissant de la loi divine? Ses ravages dans le monde sont effrayants, les petites victimes de l’avortement se comptent par milliards. »
Edito du website : « (…) Déicide politique, le laïcisme - en chassant Dieu de la cité - réduit la religion à une affaire privée. La charte est la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. Selon l’article 6, tiré du " Contrat social " de Rousseau, " la loi est l’expression de la volonté générale ", la souveraineté ne vient plus de la loi divine ou naturelle, de la Révélation ou de la raison droite- elle vient du peuple qui décide à la majorité. Aussi, les Droits de l’homme sont sans Dieu (athéisme ou vague déisme), sans devoir (tout est dû), arbitraires, aussi changeants que tyranniques. La loi sur l’avortement -fille du jeu démocratique- est la fille de l’article 6. La perversion de la démocratie - comme elle le serait de tout autre régime - lui vient de cette souveraineté que l’homme se donne à lui-même, perversion radicale quand elle se cache sous la vertu. La gauche s’est faite l’héritière et la gardienne de la Révolution. Quant à la droite, si elle reconnaît un ordre naturel et surnaturel des choses, elle ne pense qu’à déserter. En forçant à peine le trait, on pourrait dire que la gauche c’est l’inversion, et la droite la trahison. (…) Décomposer et recomposer, c’est le " Solve et coagula " des francs-maçons. Déracinement, perte d’identité appartiennent à la culture de mort. Satan s’est adressé à Ève plutôt qu’à Adam, parce que la femme, c’est l’enfant, le foyer, la permanence, l’éducation. Qui tient la femme, tient la société. Lénine ne pensait pas autrement. Dieu lui-même s’est adressé à une vierge pour l’Incarnation de son fils. Ainsi, la perdition et la Rédemption passent par une femme. Elle est l’enjeu de la Création. Aucun acte ne peut la pervertir davantage que de tuer son propre enfant, aucun acte n’est plus révolutionnaire pour elle-même et pour la société.  (…) Le mensonge et l’homicide ne sont pas la fin de la culture de mort : ils en sont les moyens. Le but n’est pas tant la salissure de la Création ou la mort en elles-mêmes, mais par elles, en nous arrachant au Décalogue et aux Béatitudes, la mort éternelle. Le but ultime de l’idéologie, et il n’y en a pas d’autre, est la damnation. Satan lui-même n’est pas athée, mais révolté. Il ne nie pas l’existence de Dieu, mais il veut nous en séparer à jamais comme lui-même l’a fait. La guerre n’est pas seulement éthique, philosophique, culturelle, sociale, politique, démographique, économique, elle est tout cela, mais elle est d’abord religieuse, eschatologique, le combat, tous les combats et surtout celui-là est spirituel.(…) »
ACIMPS, Sos Maman, Sos tout-petits, … c’est la loi naturelle, de la conception à la mort naturelle, il ne faut pas intervenir. Le premier crime c’est la contraception, le plus redoutable c’est l’avortement. « Rien avant le mariage », une famille nombreuse sans contraception ni avortement ou bien accepter son infécondité, et enfin une vieillesse sans euthanasie.
L’insécurité est liée aux divorces et aux séparations, le mariage homosexuel va la renforcer comme il multiplie les violences conjugales. Les homosexuels se suicident plus que les autres, sans parler des risques de Sida et de pédophilie. Demain les prêtres piégés par les Khmers roses seront obligés de les marier.
C’est une culture de mort satanique qui s’est emparé du monde, la synagogue de Satan dont parlait l’Apocalypse. Les francs-maçons ont imposé le laïcisme et la Déclaration des droits de l’Homme qui ont conduit à tout cela. Il faut lutter contre Satan, la guerre est religieuse et le combat est spirituel.

L’Institut Civitas pour une cité catholique est « un mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l'Église et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier. (…) L’institut CIVITAS est une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France. Il mène ses propres actions, mais il soutient également toute initiative qui va dans le sens des valeurs chrétiennes et de l’ordre naturel. »
Sur le website de France Jeunesse Civitas, on peut lire sur la colonne de gauche : « Avortuerie, l’holocauste silencieux. L’avortement tuera 120.000 bébés aujourd'hui ! Depuis que vous avez ouvert cette page, XX sont mort par avortement. Le compteur révèle le nombre de bébés qui sont mort depuis l'ouverture de cette page web. »
Quelques titres des dossiers de l’Institut Civitas : La mission des laïcs dans la reconquête : La royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ et Le Christ-Roi et le rôle des laïcs dans son avènement, la Révolution, ou bien encore les droits de l’Homme, outils de destruction de la civilisation chrétienne. Extraits :
 « (…) le Christ règne sur la société, donc l’Etat est soumis au règne du Christ ; en pratique, cela signifie que la religion catholique, religion du Christ, est la religion officielle de l’Etat. (…) Le Décalogue est la charte et le fondement de l’Etat : sa loi fondamentale n’est donc pas la Déclaration des droits de l’homme. L’Etat veille au respect de la morale naturelle, et les lois sont l’application concrète et particulière du Décalogue ; l’économie, le travail, la famille, en un mot la morale publique, sont conformes aux exigences de la justice et de la loi de Dieu. L’Etat réprime l’immoralité et facilite la pratique du bien. Voilà pourquoi l’Etat catholique n’admet pas la propagande immorale et anticatholique ; il s’oppose à la propagation et à la proclamation publique de l’erreur, voire aussi de l’hérésie et de l’infidélité. Les fausses religions et les fausses philosophies sont les ennemies publiques, ennemies de l’Eglise comme de l’Etat. L’erreur n’a aucun droit, les fausses religions non plus ; il n’y a pas de droit naturel à la liberté religieuse pour toutes les religions indistinctement : seule l’Eglise catholique possède d’elle-même ce droit à la liberté religieuse. (…) L’autorité, celle du prince comme celle du père de famille, est sacrée, et c’est ce que l’Eglise a toujours reconnu ; l’Eglise rend l’autorité sacrée et légitime. Le pouvoir est de droit divin, que ce pouvoir soit monarchique, aristocratique ou démocratique. (…)Si elle est catholique, la démocratie peut être sacrée ; sinon, elle est perversité. »
« (…) La Révolution est la négation systématique de l’autorité légitime, c’est la rébellion érigée en principe, en droit, en loi. (…) L’essence de la révolution est satanique ; son but est la destruction du Règne de Dieu sur terre. Le bienheureux Pie IX l’a dit clairement : « la Révolution est inspirée par Satan lui-même. Son but est la destruction de l’édifice du Christianisme, pour reconstruire sur ses ruines l’ordre social du paganisme. »
Rechristianisation, instauration du droit et de l’ordre naturels, tels sont les objectifs de Civitas. Le Décalogue est le fondement de l’Etat et les droits de l’Homme un outil de destruction. L’autorité est sacrée et légitime. La démocratie est perversité si elle n’est pas catholique.

Le fondamentalisme catholique lefebvriste est en guerre. En guerre contre le nouvel ordre mondial, cité de Satan, fruit de la laïcité et des droits de l’Homme. Il faut rétablir l’autorité légitime de Dieu, Notre Seigneur Jésus Christ, et la loi naturelle.
Sont-ce là paroles plus rassurantes que celles d’autres fondamentalismes religieux ? Hormis la religion qui les sépare, le discours est de même nature, l’ennemi identique…
Quelle que soit leur confession, les fondamentalistes ont en commun de résister au remplacement du sacré par le sécularisme et le rationalisme, de s’opposer au pluralisme et au relativisme idéologique et religieux et à la libéralisation des mœurs, phénomènes regroupés sous les termes de modernité et de mondialisation.

La disparition des valeurs traditionnelles, la perte de repères d’une société globalisée, multiplient les peurs sur lesquelles s’appuient les fondamentalismes pour prôner un retour à un passé mythique idéalisé.

La psychologie sociale à la rescousse ?


En cours d'élaboration



voir aussi


http://pourquevivelesahajmarg.blogspot.com/2011/03/chari-et-la-psychologie-des-foules.html




Les sectes et la psychologie des foules

J’ai déjà dit tout le mal que je pensais de la pensée tronquée de nos amis sociologues qui n’envisagent les sectes que sous l’angle de nouveaux mouvements religieux et ce qu’ils apportent à notre société, sans se préoccuper de leur organisation interne.
Il est une discipline scientifique, déjà assez ancienne, qui s’est spécialement intéressé à la relation groupe-leader, c’est la psychologie des foules de Gustave Lebon et de ses successeurs, tel Serge Moscovici.
A l’inverse de l’individu, la foule y est présentée assez négativement. Irrationnelle et versatile, l’âme des foules est de nature psychopathologique et soumise à des croyances par nature dogmatiques et utopiques. Elle n’a de cesse de se chercher une idole et des boucs émissaires.
Dans cette théorie scientifique, le meneur lui donne un but (idéal), soude le groupe et organise son action. Toutes les explications de ce phénomène d’influence du leader sur la foule ont recours au mécanisme de la suggestion. Lebon parle du prestige du meneur et de son hypnose de la foule. Gabriel Tarde parle de suggestion de la part du leader et d’imitation par la foule qui l’admire, en quête d’un modèle. Freud l’explique à l’aide des hypothèses psychanalytiques, par le principe d’identification, dans une composante amoureuse la foule déracinée recompose la figure du père. Weber parle de charisme du meneur.

En 1904, face au déclin des religions traditionnelles, l’allemand Max Weber, l’un des pères fondateurs de la sociologie moderne, avait introduit la notion de "désenchantement du monde".
Aujourd’hui, se focalisant sur les "nouveaux mouvements religieux" (ou NMR, un joli néologisme pour ne pas dire sectes), les sociologues des religions évoquent à leur tour son "réenchantement".
Certes, le retour de la pensée magique – si tant est qu’elle ait disparu – dans un monde éminemment matérialiste, est une évidence et mérite d’être étudiée comme il se doit.
Mais nos braves sociologues font preuve d’une pensée bien étriquée en ne s’intéressant à rien d’autre qu’aux fondamentalismes religieux au sein des grandes religions monothéistes et au réenchantement du monde par les nouvelles spiritualités.
Ils succombent ainsi à la pensée unique délivrée quotidiennement par nos journaux télévisés.

Pendant que la sociologie regarde avec intérêt le déclin des formes religieuses traditionnelles et la nouvelle abondance de mouvements spirituels, la psychologie s’est cantonnée à la notion de manipulation mentale.
En médecine, l'addiction physique et/ou psychologique est clairement définie. Si l'adepte souhaite se débarrasser d'un produit mais n'y parvient pas, il y a addiction et le produit est déclaré addictif. Pas de jugement moral, c'est purement scientifique. Malheureusement, l'addiction psycho-sociale est plus complexe à définir.
Quant à la psychologie sociale contemporaine, instrumentalisée par les entreprises, elle a sombré dans l’utilitarisme des formes d’organisation collective en vue de la production.

Aucune discipline scientifique ne s’intéresse aujourd’hui au phénomène sectaire dans son ensemble. Pourtant, les nouveaux mouvements spirituels et leurs gourous constituent à ce titre un véritable cas d’école.
Et des auteurs du début du XXème siècle s’étaient penchés à leur époque sur des phénomènes similaires. Ce fut le cas de Gustave Le Bon dans "La psychologie des foules" en 1895, de Scipio Sighele dans "Les foules criminelles" en 1901, de Gabriel Tarde dans "L’opinion et la foule" en 1901, de William McDougall "The group mind" en 1920 ou bien encore de Sigmund Freud dans "Psychologie collective et analyse du moi" en 1921. L’ensemble de ces auteurs a été plus récemment repris par Serge Moscovici dans "L’âge des foules" en 1981.
A l’inverse de l’individu, la foule y est présentée assez négativement. Irrationnelle et versatile, l’âme des foules est de nature psychopathologique et soumise à des croyances par nature dogmatiques et utopiques. Elle n’a de cesse de se chercher une idole et des boucs émissaires.
Dans cette théorie scientifique, le meneur lui donne un but (idéal), soude le groupe et organise son action. Toutes les explications de ce phénomène d’influence du leader sur la foule ont recours au mécanisme de la suggestion. Lebon parle du prestige du meneur et de son hypnose de la foule. Gabriel Tarde parle de suggestion de la part du leader et d’imitation par la foule qui l’admire, en quête d’un modèle. Freud l’explique à l’aide des hypothèses psychanalytiques, par le principe d’identification, dans une composante amoureuse la foule déracinée recompose la figure du père. Weber parle de charisme du meneur. Festinger, Pepitone et Newcomb (1952) ont introduit la notion de "désindividuation" pour le comportement des individus dans la foule.
Evidemment, jusqu’à Freud, ces auteurs ont été fortement marqués – souvent de manière négative - par les foules révolutionnaires, depuis la grande révolution française jusqu’aux mouvements ouvriers. En revanche, ils n’ont pas encore connu le grand développement des différentes formes du fascisme. A l’inverse, Moscovici est totalement imprégné de l’exemple du parti communiste de l’URSS dont il fait son exemple phare.
Ces théories n’ont donc pas été construites à partir de l’étude des sectes. Ils les décrivent pourtant de manière admirable. Les grandes religions et certains partis politiques ne manifestent-ils pas en maintes situations des caractéristiques sectaires évidentes ?

Gustave Le Bon – Psychologie des foules
« Nous avons montré que les foules ne raisonnent pas, qu'elles admettent ou rejettent les idées en bloc ; ne supportent ni discussion, ni contradiction, et que les suggestions agissant sur elles envahissent entièrement le champ de leur entendement et tendent aussitôt à se transformer en actes. Nous avons montré que les foules convenablement suggestionnées sont prêtes à se sacrifier pour l'idéal qui leur a été suggéré. Nous avons vu aussi qu'elles ne connaissent que les sentiments violents et extrêmes, que, chez elles, la sympathie devient vite adoration, et qu'à peine née l'antipathie se transforme en haine. (…) Quand on examine de près les convictions des foules, aussi bien aux époques de foi que dans les grands soulèvements politiques, tels que ceux du dernier siècle, on constate, que ces convictions revêtent toujours une forme spéciale, que je ne puis pas mieux déterminer qu'en lui donnant le nom de sentiment religieux. Ce sentiment a des caractéristiques très simples : adoration d'un être supposé supérieur, crainte de la puissance magique qu'on lui suppose, soumission aveugle à ses commandements, impossibilité de discuter ses dogmes, désir de les répandre, tendance à considérer comme ennemis tous ceux qui ne les admettent pas. Qu'un tel sentiment s'applique à un Dieu invisible, à une idole de pierre ou de bois, à un héros ou à une idée politique, du moment qu'il présente les caractéristiques précédentes il reste toujours d'essence religieuse. Le surnaturel et le miraculeux s'y retrouvent au même degré. Inconsciemment les foules revêtent d'une puissance mystérieuse la formule politique ou le chef victorieux qui pour le moment les fanatise. On n'est pas religieux seulement quand on adore une divinité, mais quand on met toutes les ressources de l'esprit, toutes les soumissions de la volonté, toutes les ardeurs du fanatisme au service d'une cause ou d'un être qui devient le but et le guide des pensées et des actions. L'intolérance et le fanatisme constituent l'accompagnement nécessaire d'un sentiment religieux. Ils sont inévitables chez ceux qui croient posséder le secret du bonheur terrestre ou éternel. (…) Les convictions des foules revêtent ces caractères de soumission aveugle, d'intolérance farouche, de besoin de propagande violente qui sont inhérents au sentiment religieux ; et c'est pourquoi on peut dire que toutes leurs croyances ont une forme religieuse. Le héros que la foule acclame est véritablement un dieu pour elle. Napoléon le fut pendant quinze ans, et jamais divinité n'eut de plus parfaits adorateurs. Aucune n'envoya plus facilement les hommes à la mort. Les dieux du paganisme et du christianisme n'exercèrent jamais un empire plus absolu sur les âmes qu'ils avaient conquises. Tous les fondateurs de croyances religieuses ou politiques ne les ont fondées que parce qu'ils ont su imposer aux foules ces sentiments de fanatisme qui font que l'homme trouve son bonheur dans l'adoration et l'obéissance et est prêt à donner sa vie pour son idole. (…) Aujourd'hui la plupart des grands conquérants d'âmes n'ont plus d'autels, mais ils ont des statues ou des images, et le culte qu'on leur rend n'est pas notablement différent de celui qu'on leur rendait jadis. On n'arrive à comprendre un peu la philosophie de l'histoire que quand on est bien pénétré de ce point fondamental de la psychologie des foules. Il faut être dieu pour elles ou ne rien être. (…) Aussi est-ce une bien inutile banalité de répéter qu'il faut une religion aux foules, puisque toutes les croyances politiques, divines et sociales ne s'établissent chez elles qu'à la condition de revêtir toujours la forme religieuse, qui les met à l'abri de la discussion. L'athéisme, s'il était possible de le faire accepter aux foules, aurait toute l'ardeur intolérante d'un sentiment religieux, et, dans ses formes extérieures, deviendrait bientôt un culte.
(…) Dans les foules humaines, le chef réel n’est souvent qu’un meneur (…). Sa volonté est le noyau autour duquel se forment et s’identifient les opinions. Il constitue le premier élément d’organisation des foules hétérogènes et prépare leur organisation en sectes. (…) La foule est un troupeau servile qui ne saurait jamais se passer de maître. (…) La multitude est toujours prête à écouter l’homme doué de volonté forte qui sait s’imposer à elle. Les hommes réunis en foule perdent toute volonté et se tournent d’instinct vers qui en possède une. (…) Créer la foi, qu’il s’agisse de foi religieuse, de foi politique ou sociale, de foi en une œuvre, en un personnage, en une idée, tel est surtout le rôle des grands meneurs, et c’est pourquoi leur influence est toujours considérable. (…) le meneur leur sert de guide. (…) L’autorité des meneurs est très despotique, et n’arrive même à s’imposer qu’à cause de ce despotisme. (…) la tyrannie de ces nouveaux maîtres fait que les foules leur obéissent beaucoup plus docilement qu’elles n’ont obéi à aucun gouvernement. (…) Ce n’est pas le besoin de liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours dans l’âme des foules. Elles ont une telle soif d’obéir qu’elles se soumettent d’instinct à qui se déclare leur maître. (…) quand il s’agit de faire pénétrer des idées et des croyances dans l’esprit des foules (…) ils [les meneurs] ont principalement recours à trois procédés très nets : l’affirmation, la répétition, la contagion. (…) L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. (…) L’affirmation n’a cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et, le plus possible, dans les mêmes termes. (…) La chose affirmée arrive, par la répétition, à s’établir dans les esprits au point qu’ils finissent par l’accepter comme une vérité démontrée. (…) la chose répétée finit par s’incruster dans ces régions profondes de l’inconscient où s’élaborent les motifs de nos actions. (…) Lorsqu’une affirmation a été suffisamment répétée, et qu’il y a unanimité dans la répétition, (…) il se forme ce qu’on appelle un courant d’opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient. (…) C’est surtout par le mécanisme de la contagion, jamais par celui du raisonnement, que se propagent les opinions et les croyances des foules.
(…) Ce qui contribue surtout à donner aux idées propagées par l’affirmation, la répétition et la contagion, une puissance très grande, c’est qu’elles finissent par acquérir le pouvoir mystérieux nommé prestige. (…) Le prestige est en réalité une sorte de domination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre, ou une idée. Cette domination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. (…) le prestige est le plus puissant ressort de toute domination. (…) J’arrive maintenant au prestige personnel. (…) C’est une faculté indépendante de tout titre, de toute autorité, que possèdent un petit nombre de personnes, et qui leur permet d’exercer une fascination véritablement magnétique sur ceux qui les entourent (…). »

Sigmund Freud – Psychologie collective et analyse du moi
« (…) Le phénomène le plus remarquable et, en même temps, le plus important d’une formation collective consiste dans l’exaltation et l’intensification de l’émotivité chez les individus dont elle se compose. (…) Cette absorption de l’individu par la foule (…), nous autres psychanalystes [la] connaissons déjà sous le nom de contagion affective. (…) Mais en partageant l’excitation de ceux dont il [l’individu] a subi l’action, il augmente leur propre excitation, et c’est ainsi que la charge affective des individus s’intensifie par induction réciproque. (…) la formation de groupements massifs [fait penser à] une expression biologique, dans l’ordre social, de la structure pluricellulaire des organismes supérieurs. (…) l’individu faisant partie d’une foule subit, sous son influence, des changements profonds portant sur son activité psychique. Son affectivité subit une exagération extraordinaire, tandis que son activité intellectuelle se trouve considérablement réduite et rétrécie, l’exagération de l’une et la réduction de l’autre s’effectuant dans le sens de l’assimilation de chaque individu de la foule à tous les autres. Et ce dernier résultat ne peut être obtenu que par la suppression de tous les modes d’inhibition propres à chacun et par le renoncement à ce que présentent d’individuel et de particulier les tendances de chacun. Nous savons que ces effets (…) peuvent être neutralisés, en partie du moins, par l’organisation des foules, mais en affirmant cette possibilité, on laisse intact le fait fondamental, à savoir l’exagération de l’affectivité et l’abaissement du niveau intellectuel chez les individus formant partie de la foule primitive. Il s’agit donc de trouver l’explication psychologique de ces modifications psychiques que la foule imprime à l’individu. (…) Nous allons donc essayer d’admettre que des relations amoureuses (ou, pour employer une expression plus neutre, des attachements affectifs), forment également le fond de l’âme collective. (…) Dans l’Eglise (…) et dans l’Armée (…) règne la même illusion, celle de la présence, visible ou invisible, d’un chef (le Christ dans l’Eglise catholique, le commandant en chef dans l’Armée) qui aime d’un amour égal tous les membres de la collectivité. (…) il leur remplace le père. (…) Notons bien que dans ces deux foules conventionnelles (…) chaque individu est rattaché par des liens libidinaux au chef (le Christ, le commandant en chef) d’une part, à tous les autres individus composant la foule, d’autre part. (…) l’essence d’une foule consiste dans les liens libidinaux qui la traversent de part en part, comme un réseau serré (…). D’après le témoignage de la psychanalyse, toute relation affective intime (…) laisse un dépôt de sentiments hostiles ou, tout au moins, inamicaux dont on ne peut se débarrasser que par le refoulement. (…) premièrement, l’identification constitue la forme la plus primitive de l’attachement affectif à un objet ; deuxièmement, à la suite d’une transformation régressive, elle prend la place d’un attachement libidinal à un objet, et cela par une sorte d’introduction de l’objet dans le moi ; troisièmement, l’identification peut avoir lieu chaque fois qu’une personne se découvre un trait qui lui est commun avec une autre personne (…). De l’état amoureux à l’hypnose la distance n’est pas grande. (…) On fait preuve à l’égard de l’hypnotiseur de la même humilité dans la soumission, du même abandon, de la même absence de critique qu’à l’égard de la personne aimée. On constate le même renoncement à toute l’initiative personnelle ; nul doute que l’hypnotiseur n’ait pris la place de l’idéal du moi. (…) Les considérations qui précèdent nous permettent cependant d’établir la formule de la constitution libidinale d’une foule (…), c’est-à-dire d’une foule ayant un meneur et n’ayant pas encore acquis secondairement, par suite d’une organisation trop parfaite, les propriétés d’un individu. Ainsi envisagée, une foule primaire se présente comme une réunion d’individus ayant tous remplacé leur idéal du moi par le même objet, ce qui a eu pour conséquence l’identification de leur propre moi. (…) La foule nous apparaît comme une résurrection de la horde primitive. (…) aujourd’hui encore, les individus composant une foule ont besoin de savoir que le chef les aime d’un amour juste et égal, mais le chef lui-même n’a besoin d’aimer personne, il est doué d’une nature de maître, son narcissisme est absolu, mais il est plein d’assurance et indépendant. (…) mais ce n’est là qu’une transformation idéaliste des conditions existant dans la horde primitive, dans laquelle tous les fils se savent également persécutés par le père qui leur inspire à tous la même crainte. (…) C’est ainsi que ce qu’il y a d’inquiétant, de troublant, de coercitif dans le caractère des formations collectives, tel qu’il se révèle dans leurs manifestations suggestives, peut être expliqué avec raison par l’affinité qui existe entre la foule et la horde primitive, celle-là ayant sa source dans celle-ci. Le meneur de la foule incarne toujours le père primitif tant redouté, la foule veut toujours être dominée par une puissance illimitée, elle est au plus haut degré avide d’autorité ou (…) elle a soif de soumission. Le père primitif est l’idéal de la foule qui domine l’individu, après avoir pris la place de l’idéal du moi. L’hypnose peut à bon droit être désignée comme une foule à deux ; pour pouvoir s’appliquer à la suggestion, cette définition a besoin d’être complétée : dans cette foule à deux, il faut que le sujet qui subit la suggestion soit animé d’une conviction qui repose (…) sur une attache érotique. (…) l’explication de la structure libidinale d’une foule se réduit à la distinction entre le moi et l’idéal du moi et, consécutivement, à deux variétés d’attaches, l’une représentée par l’identification, l’autre par la substitution d’un objet libidinal extérieur à l’idéal du moi. (…) »

Serge Moscovici – L’âge des foules - Extraits :
« (…) la psychologie des masses nous a appris que les meneurs ne peuvent accomplir leur mission sans recruter des individus momentanément détachés de leur groupe habituel. Ceux-ci forment l'embryon d'une foule. Ils subissent l'ascendant d'un chef qui transforme leur rencontre en une organisation stable. L'Église et l'armée, ce fut l'audace d'un Tarde et surtout d'un Freud de le reconnaître, sont le modèle de toute foule de cette nature. Le parti est la traduction de l'une et de l'autre dans une société comme la nôtre qui ne régit plus la tradition familiale, locale et aristocratique. En un mot, les partis sont à la fois les Églises et les armées de l'âge des foules. (…)
Le caractère commun à toutes ces foules artificielles, la preuve de leur bonne santé, demeure toujours et partout un système de croyances. Il les cimente, les tient ensemble et leur permet de mobiliser les hommes jusqu'à leur demander le sacrifice de leur vie. Un meneur ne saurait fonder et diriger un tel parti, nécessaire à sa tâche, s'il ne possède pas un tel système. Car les masses n'agissent que mues par une croyance - et les croyances n'existent que par les masses. Le prophète est devenu l'archétype du leader contemporain précisément pour cette raison : il faut qu'il suscite une foi robuste autour de lui. Or l'exemple et la forme la plus achevée d'un système de croyances est la religion. (…) Elles comportent un dogme, des textes sacrés auxquels on obéit, des héros ayant qualité de saints. De plus, une telle religion profane répond strictement à certaines nécessités psychiques - le besoin de certitude, la régression des individus dans la masse, etc. - et à rien d'autre. (…) Examinons de plus près une telle religion, en laissant de côté ses manifestations spectaculaires, que nous avons déjà décrites. Quelles en sont les fonctions ? La toute première est de composer une vision totale du monde, qui pallie le caractère fragmentaire et divisé de chaque science, de chaque technique et de l'a connaissance en général. Il existe, dans le tréfonds de la nature humaine, un besoin élémentaire d'harmoniser, au sein d'un ensemble parfait, tout ce qui, dans notre expérience, nous semble incompatible et inexplicable. Lorsque nous ne possédons plus de principes simples, de modèle unique pour expliquer ce qui se passe en nous et autour de nous, nous nous sentons menacés. Pire : réduits à l'impuissance, en face de la diversité des forces économiques, des problèmes psychiques et de la masse des événements incontrôlés. Ce défaut de cohérence nous empêche de participer à une action sociale définissable. Il n'y a ni ordre ni sécurité possible pour les individus dans une société où le nombre de questions excède le nombre de réponses. (…) Certes le savant ou le technicien peuvent s'accommoder de ce morcellement, accepter l'oscillation perpétuelle entre des solutions contradictoires et l'incertitude des vérités éphémères. Mais l'homme, dans sa vie ordinaire, le rejette. Il est avide de certitudes solides, de vérités immuables. (…) Par essence, les religions profanes lui fournissent une telle vision totale. Elles offrent une conception du monde où chaque problème rencontre sa solution. (…) Toutes les religions sacrées proposent une conception du monde physique. Elles expliquent l'origine de l'univers et prévoient son avenir. Par contre les religions profanes se constituent autour d'une vision du monde social. (…) Seules les religions (et leurs partis missionnaires) peuvent encore susciter de tels attachements. Elles amènent les individus à accepter dans leur for intérieur ce que la collectivité exige d'eux. (…) Les religions reconnaissent l'aspiration au bonheur, le besoin de protection que les hommes éprouvent depuis l'enfance. Après avoir peint sous les couleurs les plus sombres les forces qui les menacent, elles proposent une solution. (…) Ce sont donc des religions de l'espoir. Elles garantissent aux hommes qu'ils sortiront victorieux de la tourmente et définitivement, à condition de s'identifier avec l'idéal qui les dépasse et de respecter les prescriptions qu'elles édictent.
(…) dissimuler un mystère. Chaque religion a le sien. En son nom elle impose des règles et proclame des vérités sur lesquelles elle ne s'explique pas. Au contraire, elle jette sur leurs raisons des ombres épaisses et les dissimule de façon que nul ne les aperçoive. Tout est mis en oeuvre pour éviter un contact fortuit. Tout concourt à empêcher la révélation du secret ainsi dérobé à la vue du public des fidèles. Ce secret se présente tantôt comme une chose bénéfique, tantôt comme une chose maléfique. (…) On peut affirmer que la plupart des foules artificielles - armées, Églises, partis - sont en rapport avec un tel mystère. Elles possèdent un ensemble de cérémonies, d'emblèmes, de mots de passe (songez aux francs-maçons !) qui le protègent et censurent toute tentative de le découvrir. Il sert à justifier la hiérarchie. L'individu qui en gravit les échelons s'approche de ce point sacré, les autres demeurent à distance. (…)
Les religions sont l'oeuvre des «fils», des successeurs du père fondateur d'un peuple ou d'une société déterminée. Elles les disculpent et les légitiment à la fois, en dissimulant leur crime au point que personne ne voit plus en eux ses auteurs. (…) »

Le phénomène sectaire, la Shri Ram Chandra Mission de Chari peuvent être examinés à l’aide des éléments que nous fournit cette discipline à la frontière entre psychologie et sociologie :
Adoration d'un être supposé supérieur, crainte de la puissance magique qu'on lui suppose, soumission aveugle à ses commandements, impossibilité de discuter ses dogmes, désir de les répandre, tendance à considérer comme ennemis tous ceux qui ne les admettent pas, besoin de certitude, régression des individus dans la masse, soumission de la volonté, ardeur du fanatisme au service d'une cause ou d'un être qui devient le but et le guide des pensées et des actions… inévitables chez ceux qui croient posséder le secret du bonheur terrestre ou éternel.
Tous les fondateurs de croyances religieuses ont su imposer aux foules ces sentiments de fanatisme qui font que l'homme trouve son bonheur dans l'adoration et l'obéissance et est prêt à donner sa vie pour son idole.
Les meneurs ne peuvent accomplir leur mission sans recruter des individus momentanément détachés de leur groupe habituel. Le prophète est devenu l'archétype du leader contemporain, il doit susciter une foi robuste autour de lui.

Techniques manipulatoires : L’exemple des Whispers, Bible du Sahaj Marg

Ces dernières années, Whispers s’est imposé progressivement comme le principal véhicule de la philosophie du Sahaj Marg, de son projet de vie et d’avenir. Avec "a whisper a day", il en paraît quotidiennement quand les discours de Chari se font plus rares. Et Babuji détrône Chari, ce dernier décrivant lui-même Whispers comme la Nouvelle Bible du Sahaj Marg.
La lecture quotidienne de ces messages d’un Babuji d’outre-tombe, relayés par une médium anonyme, dresse un panorama du monde d’aujourd’hui et du futur qu’il appelle de ses vœux, véritablement impressionnant. Tout comme il apparaît aussi en filigrane la manière d’endoctriner le lecteur, tout aussi impressionnante sinon plus.
Babuji dépeint à l’envie la noirceur de notre monde, sans retenue et presque avec exagération, comme une délectation. Il exacerbe les peurs pour mieux imposer sa voie vers le bonheur. Un bonheur à peine dévoilé, et aux atours mystérieux. Une vérité invérifiable inlassablement répétée, pour mieux imprégner les esprits. Une solution reposant sur l’adoration et nécessitant une obéissance totale. Offerte à tous, mais dont seule une élite saura s’emparer…

C’est une rhétorique manipulatoire parfaitement mise au point, qui reprend tous les mécanismes observés et décrits par les tenants de la psychologie des foules, de Le Bon à Moscovici en passant par Freud il y a plus d’un siècle déjà.
Gustave Le Bon disait entre autres : « [les meneurs] ont principalement recours à trois procédés très nets : l’affirmation, la répétition, la contagion. (…) L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. (…) L’affirmation n’a cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et, le plus possible, dans les mêmes termes. (…) »
Serge Moscovici ajoutait : « (…) composer une vision totale du monde, qui pallie le caractère fragmentaire et divisé de chaque science, de chaque technique et de l'a connaissance en général. Il existe, dans le tréfonds de la nature humaine, un besoin élémentaire d'harmoniser, au sein d'un ensemble parfait, tout ce qui, dans notre expérience, nous semble incompatible et inexplicable. »
Ou bien encore : « (…) Les religions reconnaissent l'aspiration au bonheur, le besoin de protection que les hommes éprouvent depuis l'enfance. Après avoir peint sous les couleurs les plus sombres les forces qui les menacent, elles proposent une solution. (…) Ce sont donc des religions de l'espoir. Elles garantissent aux hommes qu'ils sortiront victorieux de la tourmente et définitivement, à condition de s'identifier avec l'idéal qui les dépasse et de respecter les prescriptions qu'elles édictent. »

Pour mieux vous rendre compte de cette habile manipulation au quotidien, rien ne vaut la lecture au fil de l’eau des messages de Whispers, ce que je vous invite vivement à faire.
En voici un exemple avec quelques extraits tous choisis très subjectivement au seul mois de juillet 2004.

Babuji a dit…
« Cette civilisation est destructrice, rien ne semble pouvoir l’arrêter en ce monde ; les lois divines, et elles seules, pourront y remédier. [3/07] (…) L’avenir de la terre s’inscrit dans un vaste dessein concernant l’univers tout entier. (…) Cette civilisation va trop loin dans ses prérogatives et elle met en danger tout un équilibre, sans se soucier des conséquences. A ce jour, le mouvement est devenu irréversible, il appartient à chacun d’en prendre conscience et d’agir en tenant compte de la situation. Puisse l’humanité réagir à temps, pour limiter le phénomène destructeur ! [15/07] (…) La force d’une voie comme la notre grandit proportionnellement à son égrégore, augmentant elle-même en puissance. (…) Ce mouvement ne sera pas éphémère, tous peuvent être rassurés : cette "multinationale" ne risque pas de péricliter. [22/07] (…) Son expansion est programmée de la sorte ; elle commence un long cycle qui n’est pas près de finir. Il est inscrit dans l’avènement d’une ère nouvelle où l’humanité devrait enfin trouver sa voie : celle de l’esprit prioritairement, parvenant à effacer la noirceur du monde. Un tel changement se prépare longtemps à l’avance. Il est prévu dans la perspective de bouleversements d’envergure allant bien au-delà de cette planète, dont nous ne pouvons pour le moment dévoiler la stratégie. (…) L’humanité se trouvant à un point charnière de son histoire, une opportunité est donnée aux chercheurs de s’élever dans la voie de la réalisation. [23/07] (…) Nous devons préparer nos aspirants aux grands changements devant se produire sur la terre. (…) Nous devons les bousculer même si l’inconnu les rebute, notamment avec ces messages venant d’un autre monde, ce principe n’étant pas forcément admis par tous. [27/07] (…) Inexorablement, le temps fait son œuvre et trace le sillon du futur, où le rôle de la Mission s’affermira dans le monde, où de grandes figures représenteront le Maître dans de nombreux pays. [29/07] (…) Ainsi le grand sage peut s’adresser à son disciple et lui laisser entrevoir où se cache le trésor. "Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus", disent les Ecritures. Le chemin est aride, seules les âmes fortes et déterminées y parviennent. Le Sahaj Marg est une voie, un moyen offert aux humains capables de s’y intéresser et de saisir l’opportunité qui s’offre à eux, d’avancer sur ce chemin étroit et plein d’embûches. Beaucoup réussiront. N’a-t-elle pas été donnée au monde afin de répondre à un appel profond, caractéristique des temps qui se préparent, en vue d’une transformation radicale ? Nous serons plus que jamais au cœur de ce vaste mouvement porteur d’espérance et d’une libération de cette humanité en proie aux affres du mal. [30/07] (…) »